Les fantômes de Belfast, Stuart Neville.

Garantie sans spoilers!

  Et voilà, nous y sommes, voici donc la toute première chronique de livre sur le blog. Vous avez donc remarqué que j’ai choisi un genre bien particulier, qui m’est cher: le polar, ou roman noir. Pourquoi j’aime tant ce genre? Car c’est peut-être le seul à me prendre littéralement aux tripes, le seul qui parvienne à accélérer mon rythme cardiaque, à me faire transpirer, bref, à me mettre dans tous mes états. Autant le dire tout de suite, rares sont les élus à y parvenir. Là tout de suite je n’en vois que 4 ou 5 (vous les trouverez dans mon top polar bientôt sur le blog. Teasiiiiing). Et attention, Les fantômes de Belfast en fait partie!

Voici donc mes critères de jugement (instant enfonçage de portes ouvertes):

  • Un personnage principal atypique, souvent une sorte de anti-héros alcoolique avec une vie de m****. J’ai horreur de ces personnages lisses, gravures de modes, qui s’en sortent toujours par des pirouettes et autres coups de chances. Le héros trop fort m’ennuie. Je veux qu’il galère quoi… Vous voyez Franck Sharko? L’inspecteur créé par Franck Thilliez? Vous avez là un exemple parfait. De l’anti-héros auquel on s’attache, qui nous ressemble par bien des aspects et avec lequel on souffre pendant son histoire.
  • Les dialogues. Oui avec le policier/thriller on côtoie les bas-fonds. On attend donc des dialogues réalistes en fonction des contextes, un langage technique dans la limite du raisonnable, des punchlines, une pointe d’humour…
  • Le rythme. Pas nécessairement effréné pendant 400 pages, plutôt une alternance entre répit et emballement de l’intrigue et de l’écriture. Les maîtres savent très bien jouer avec nos nerfs.
  • Quelques bonnes descriptions brumeuses, vaporeuses, sombres. Histoire d’apporter encore plus de réalisme et de créer une atmosphère qui est, pour moi, l’élément le plus important du polar. Le paysage est un personnage important du polar. Attention aux clichés et à l’abus tout de même. A distiller avec parcimonie, comme des rappels.
  • Enfin, l’élément principal: la construction de l’intrigue non mais oh! Il faut un truc épais, qui ait du sens.  Des enchaînements logiques, des recoupements avec des fils secondaires, ….

Mais trêve de parlotte, allons faire un tour à Belfast en compagnie de personnes tout à fait fréquentables, question de point de vue.

Les fantômes de Belfast est un roman noir de Stuart Neville publié en 2009 sous le titre original The Ghosts of Belfast. Il paraît une première fois en France en 2011 chez les éditions Payot & Rivages. C’est traduit de l’anglais (Irlande) par Fabienne Duvigneau. Pour ma part j’ai lu la version poche des mêmes éditions (423 pages).

  C’est un livre que je voulais lire depuis plusieurs années après en avoir entendu parler dans une émission de La Grande librairie spéciale polars britanniques. Passionné par l’histoire de l’Irlande et des polars, je me suis dit que l’association des deux pourrait bien me plaire.

  Tout petit résumé: Gerry Feagan est un ancien tueur de l’IRA (Irish Republican Army) qui tente de chasser les fantômes de ses victimes en s’arrosant copieusement le gosier de whisky. Il s’avère qu’un seul moyen semble se présenter pour se débarrasser de ses démons: retrouver les commanditaires des meurtres et les abattre à leur tour. Seulement voilà, de l’eau a coulé sous les ponts, et certains instigateurs des assassinats sont devenus des personnalités importantes. Effectivement, les morts que va laisser Feagan dans son sillage risquent bien d’éveiller les soupçons; et c’est lui qui pourrait se retrouver traqué…

  Petite digression pour vous dire que ce bouquin permet d’en apprendre pas mal sur une partie du conflit nord-irlandais (notamment sur les accords de paix du Vendredi Saint). Toutes ces informations permettent de planter l’intrigue de manière très réaliste dans une plus grande histoire, dans laquelle les agissements de notre anti-héros pourraient avoir des répercussions.

  Dès le début, on retrouve les codes de ce genre de bouquins cités plus haut: l’anti-héros attachant rattrapé par son passé, les vieilles connaissances qui refont surface et qui viennent faire germer le doute chez le personnage principal. Il est important de préciser que l’ensemble des personnages du livre sont bien étoffés, charismatiques, crédibles et bien mis en scène. Les dialogues sont eux aussi bien écrits et réalistes. Les descriptions d’atmosphères vaporeuses de fonds de pubs miteux, l’odeur de Stout sur la moquette sont un régal. Pour ce qui est du style pur, ce livre est diablement bien écrit, c’est tranchant, au cordeau, sans fioritures bref, c’est efficace!

  Tout y est me direz-vous. Vous ne croyez pas si bien dire. Tout concorde, des personnages aux descriptions, à coller parfaitement à un contexte historique et social très précis: celui d’un pays qui tente d’oublier ses fractures, entre gangsters et activistes à la rancune tenace et hommes politiques faussement respectables. Inévitablement, Gery Feagan aura à faire avec ces deux catégories de personnes et laissez moi vous dire qu’il va y avoir du grabuge.

  Alors, disons le quand même: j’étais sceptique au début de ma lecture. Cela me semblait un peu facile et un peu prévisible: le type va tuer tous les commanditaires des meurtres, il y aura des dégâts collatéraux et hop, fin de l’histoire. J’avais peur que le mécanisme mis en place dès le premier « règlement de compte » ne se répète jusqu’à la disparition totale des fantômes de Feagan. Force est de constater que c’est en partie le cas et qu’il est temps de mettre un tout petit bémol à mon avis dans l’ensemble très positif. C’est un peu répétitif dans la construction narrative et cela durant une grande partie du livre certes, mais le dénouement et la tension qui ne cesse de s’accumuler durant ces 400 pages jusqu’à un CLIMAX qui atteint des sommets en termes de violence fait plutôt bien passer la pilule. Et oui, vous vous douterez bien que tout cela ne peut pas se terminer par une franche accolade!

« La porte s’ouvrit brusquement. Fegan détourna les yeux du cou de Caffola. Ca chauffe, annonça Patsy Toner, le visage réjoui. Il y a des flics partout et des gamins qui dressent une barricade. C’est du sérieux. Une vraie baston qui se prépare.
Caffola regarda tout à tour Toner, puis Fegan. Putain, ça va faire du bien, dit-il. »

« La lutte pour la réunification avait perdu son sens, le Nord incarnant maintenant le parent pauvre, les enfants bâtards qu’on avait par le coeur de renvoyer.
Mais l’autre Irlande ne voulait plus d’eux. »

  À la fin de chaque chronique, je tenterai de vos proposer d’autres lectures en lien avec le sujet.

En ce qui nous concerne:

  • Histoire de l’Irlande, de Pierre Joannon. Un bon gros livre d’histoire comme je les aime.
  • Mon traitre, et Retour à Killybegs, de Sorj Chalandon. Romans sublimes sur fond de conflit nord-irlandais.
  • Les chiens de Belfast, de Sam Millar. Pour un autre polar et une nouvelle plongée dans les tréfonds de la capitale de l’Irlande du nord.

Bonnes lectures,

Thomas.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :