Sauvage, Jamey Bradbury.

  Je vous présente aujourd’hui le premier roman de Jamey Bradbury intitulé Sauvage, paru en France en mars 2019 chez Gallmeister dans la collection Americana (320 pages) et traduit par Jacques Mailhos. Ce livre est sorti aux U.S.A en mars 2018 sous le titre original The Wild Inside.

  Avant d’aller plus loin, voici le résumé de l’éditeur:

« A dix-sept ans, Tracy Petrikoff possède un don inné pour la chasse et les pièges. Elle vit à l’écart du reste du monde et sillonne avec ses chiens de traîneau les immensités sauvages de l’Alaska. Immuablement, elle respecte les trois règles que sa mère, trop tôt disparue, lui a dictées : «ne jamais perdre la maison de vue», «ne jamais rentrer avec les mains sales» et surtout «ne jamais faire saigner un humain». Jusqu’au jour où, attaquée en pleine forêt, Tracy reprend connaissance, couverte de sang, persuadée d’avoir tué son agresseur. Elle s’interdit de l’avouer à son père, et ce lourd secret la hante jour et nuit. Une ambiance de doute et d’angoisse s’installe dans la famille, tandis que Tracy prend peu à peu conscience de ses propres facultés hors du commun ».

Allez, avouez que ça donne envie! Mais, en fait, j’ai cherché ce fameux doute et cette angoisse pendant les deux tiers du livre…

  Pour la petite histoire, la libraire, connaissant mon fort attrait (c’est peu de le dire) pour les éditions Gallmeister, m’a proposé ce livre en service presse afin de lui en faire un retour. Je l’en remercie encore, même si…

  Car oui, entrons dans le sujet sans détours, ce livre ne fut pas du tout ce à quoi je m’attendais. Pourtant, le résumé ainsi que les diverses critiques que j’ai pu voir ici et là m’avaient rendu plutôt enthousiaste à l’entame de mon voyage livresque en Alaska. Des contrées sauvages, une fille et son père confrontés aux rigueurs du climat, un meurtre, une quête initiatique, autant d’ingrédients en somme qui faisaient que je m’attendais à retrouver une histoire à la Goat Mountain, de David Vann (toujours Gallmeister, 2014). Une chose à la fois glauque et puissante, magnifique et dérangeante. Tout ce que j’aime en littérature. Et même s’il y a de tout cela, de manière subtile et c’est là une qualité majeure de ce livre, j’ai trouvé que la narration trainait en longueur, faisait trop de détours et perdait ainsi la puissance du propos. L’histoire se perdait et était submergée par l’insistance des description des ressentis de Tracy. Au passage, je dois dire que l’idée est très originale. Sans trop en dévoiler: Tracy semble survivre, physiquement autant que psychiquement, grâce à la course dans la nature et à la chasse des animaux. Lorsqu’un animal est pris au piège, elle le « boit ». Je ne vous dis pas comment… Cela lui permet de revivre des morceaux de la vie de ses proies. Au delà de quelque chose d’à-priori glauque, on vit là une expérience sensorielle très intéressante sublimement traduite dans l’écriture. Chapeau bas.

  Il est indéniable que l’histoire que nous avons entre les mains est forte mais, pendant trop longtemps, je n’ai pas perçu le sens que voulait donner l’auteure à celle-ci. Ode à la nature? Récit mystique? Thriller? Huis-clos? J’avoue m’être perdu et m’être posé (beaucoup) trop de questions. Pendant 200 pages au moins, ce livre à donc ce coté frustrant: on se dit qu’on tient un ouvrage fort, au fond très sensible, on s’est attaché à Tracy et à son histoire, on chemine avec elle, on court dans les bois avec elle, on est au plus près de ses ressentis mais sans jamais trop savoir dans quel but.

  Et puis il finit par se passer quelque chose et le rythme s’emballe, enfin! Tout ce qu’on a lu précédemment prend alors plus de sens. Tout devient plus sensible, plus fort, plus fantastique. Je ne voyais pas jusque là où était ce fameux mélange des genres vanté dans les diverses critiques: le thriller, le fantastique et le nature writing se rencontraient enfin! Donc si l’envie vous prend de vous atteler à la lecture de cet ouvrage, terminez le! Et cet emballement fait du bien, même si ce n’est que pour le dernier tiers du livre et laisse un petit goût d’inabouti.

  Un avis en demie teinte donc, je me suis très certainement posé trop de questions en entamant cette lecture et en me laissant peut-être trop imprégner des avis que j’avais pu lire. C’est pour moi le genre de livre qui prend tout son sens plusieurs jours après l’avoir fermé.

  Voici un conseil de lecture inspiré par celle-ci: Goat Mountain, de David Vann, disponible dans la collection Totem de Gallmeister (224 pages). Il y est question de passage à l’âge adulte, de récit initiatique, de montagnes et de mort. Un livre beaucoup plus fort que Sauvage même s’il n’est pas en tout points comparable.

Bonnes lectures.

 

 

 

3 commentaires sur “Sauvage, Jamey Bradbury.

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  1. Un avis très bien écrit, et je t’ai trouvé honnête dessus. Hâte d’en lire plus !

    (tu dis que t’as pas réussi à savoir ce qu’il en était au bout de 200 pages et que tu t’es posé trop de questions, mais je crois que ça aurait été tout le monde pareil)

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  2. J’avais très envie de lire ce livre, et à la lecture de ton avis… J’en ai toujours envie, mais je pense que j’aurai des attentes plus réalistes qui m’éviteront peut-être une déception.

    Et en tout cas je note Goat Mountain, tu en avais déjà parlé sur Twitter et je crois qu’il va devenir incontournable pour moi vu comme j’ai aimé les autres romans de David Vann que j’ai lus!

    Et tant que j’y suis, félicitations pour le blog:-)

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