Les chroniques d’Edward Holmes et Gower Watson, Jean D’Aillon.

Pour ce nouvel article, je n’ai pas choisi de parler d’un livre précis mais plutôt d’une série dans sa globalité. Il s’agit des aventures d’Edward Holmes par Jean D’Aillon publiées en poche chez 10/18. En plus de vous présenter cette série, la chronique servira de prétexte pour vous parler du roman/polar historique, genre que j’apprécie tout particulièrement.

Commençons par cela d’ailleurs. Passionné d’histoire autant que de littérature, je me suis vite tourné vers la lecture de romans et de polars historiques. Lorsqu’ils sont bien faits c’est, je trouve, un excellent moyen de se divertir tout en apprenant des choses (instant enfonçage de portes ouvertes : CHECK). Car oui, j’attends avant tout d’un livre de ce genre qu’il soit rigoureux du point de vue du contexte dans lequel il se déroule. Ces livres sont souvent l’occasion pour moi de vouloir approfondir mes connaissances après-coup à propos d’une période, de personnages ou d’évènements historiques plus précis. Bien évidemment, il faut rester indulgent avec ce type d’ouvrages et ne pas attendre d’eux qu’ils soient trop exhaustifs. L’exercice peut vite se révéler ardu, il faut savoir maintenir le lecteur en haleine, proposer un rythme efficace s’il s’agit d’un polar, le tout en proposant de solides bases contextuelles tout en veillant à ne pas noyer l’intrigue principale dans des contextualisations trop grandes. J’y reviendrais plus tard mais je trouve que la série de Jean D’Aillon oscille sans cesse entre ces points.

La série donc. Nous voici projetés dans les années 1420, sous le règne de Charles VI (règne de 1380 à 1422), en pleine Guerre de Cent ans (même si nous sommes plus proche de sa fin que de son début), doublée d’une lutte fratricide entre Bourguignons et Armagnacs. À ce moment, l’Angleterre semble être à l’apogée de sa domination sur le royaume de France. Domination symbolisée par la signature du traité de Troyes j’y reviendrai. Je ne vous cache pas que, de ce point de vue, Jean D’Aillon parvient parfaitement à rendre compte clairement de la complexité des luttes de pouvoirs.

Pour résumer trèèèèès rapidement la situation politique : Charles VI, dont les crises de folies se font de plus en plus fréquentes signe avec Henri V d’Angleterre en 1420 le Traité de Troyes. Ce traité prévoit qu’après la mort du Roi de France le pouvoir reviendrait au roi d’Angleterre, écartant ainsi le fils de Charles : le futur Charles VII (mais si celui avec Jeanne D’Arc là!). Pourquoi écarter du pouvoir le Dauphin me diriez-vous ? Alors. A la base. Le parti Armagnacs (celui du Dauphin en gros) nait à la suite de l’assassinat en 1407 du frère de Charles VI, et oncle du futur Charles VII, Louis D’Anjou, obstacle aux prétentions grandissantes de Jean sans peur, Duc de Bourgogne. Il tient son nom de Bernard VII d’Armagnac, partisan de Louis D’Anjou qui va réunir autour de lui d’autres opposants aux bourguignons. Cet événement marque le déclenchement de cette guerre civile entre ces deux partis. Une douzaine d’années plus tard, le futur Charles VII est accusé d’avoir commandité le meurtre de Jean sans peur, Duc de Bourgogne, à l’occasion de l’entrevue de Montereau en septembre 1419. Cette entrevue avait pour but de sceller une alliance face aux anglais. Cet assassinat range ainsi, et pour un moment, le parti Bourguignon du côté du Roi d’Angleterre. D’ailleurs, l’assassinat du Duc Jean sans peur sert de trame principale à l’une des enquêtes de Holmes. Bref ! Vous suivez toujours ? Tout cela pour dire que les intrigues et les enquêtes de notre cher Edward Holmes prennent place dans un contexte politique très troublé entre anglais, bourguignons et armagnacs. Contexte fait de jeux d’alliances, de vieilles rancœurs, de légitimités dynastiques, de lutte des partis et de secrets bien gardés.

Mais assez discuté, venons-en à la série et au principal intéressé. Edward Holmes est un clerc anglais installé à Paris. Chassé de sa demeure à la suite du décès de son demi-frère lors de la bataille de Baugé, Holmes, désœuvrée, rencontre Gower Watson, archer talentueux blessé lors de la bataille d’Azincourt (1415). Reconnu pour ses qualités de scribe, de malheureux condamnés le sollicitent afin de rédiger des suppliques pour obtenir des lettres de rémissions royales et ainsi être graciés. C’est ainsi que sa première enquête le conduit fortuitement à découvrir un complot visant à tuer le Roi Henri V d’Angleterre. Rapidement, les qualités de fin limier de Holmes vont susciter l’intérêt d’Isabeau de Bavière (la femme de Charles VI) qui va lui confier plusieurs affaires épineuses. L’un des atouts de cette série est d’ailleurs l’habileté avec laquelle Jean D’Aillon parvient à mettre en scène des personnages historiques de premier plan. Le tout de manière crédible et toujours bien servi par un solide travail de recherche. Même si Holmes demeure bien le protagoniste principal de la série et ne se fait pas (quoi que…) voler la vedette par les événements, je trouve qu’il reste tout de même assez lisse, sans trop d’aspérités, un peu fadasse disons-le. De ce point de vue je trouve Gower Watson bien plus intéressant. Pour l’anecdote, Jean D’Aillon raconte dans l’introduction du premier tome de la série avoir trouvé et lu un authentique livre signé par un clerc anglais vivant à Paris et qui s’appelait… Edward Holmes. Voici le titre de l’ouvrage The chronicle of Edward Holmes under the regency of the duke of bedfortd. Alors, vérité ou pied de nez au lecteur ?

Parlons un petit peu des intrigues en tant que telles à présent, c’est à dire en mettant de côté leur contexte historique. Elles sont plutôt bien construites, complexes et aux ramifications nombreuses. De ce point de vue on est vraiment dans le roman policier tout ce qu’il y a de plus classique. Cela saupoudré d’enjeux et de complots politiques de grande envergure. Bémol tout de même quant au rythme des différents épisodes de la série que je trouve trop irréguliers, parfois longuets et poussifs. Dans l’épisode qui prend pour trame de fond l’assassinat de Jean sans peur à Montereau par exemple, j’ai trouvé que le temps de contextualisation en début de livre était bien trop long. Mis à part cela, les livres demeurent plaisants à lire. On notera l’utilisation ponctuelle mais tout de même remarquable de mots de vocabulaire médiéval pour décrire des actions. Cela ajoute une petite touche d’authenticité dans les dialogues sans non plus en faire des tonnes et alourdir le style.

Pour aller plus loin si cette période vous intéresse je vous propose :

  • La Guerre de Cent ans, Georges Minois.
  • La folie de Charles VI, Bernard Guénée.

Pour les curieux, voici l’ordre de lecture de la série :

  1. Une étude en écarlate,
  2. Le chien des Basqueville,
  3. La ville de la peur,
  4. Les exploits d’Edward Holmes (trois nouvelles qui se déroulent entre le n°2 et 3),
  5. Le pont de Montereau,
  6. La danse macabre,
  7. La maison de l’abbaye, à paraître en janvier 2020.

Mes polars/romans historiques préférés :

  • Azteca, Gary Jennings. Plongée dans la civilisation aztèque à travers les yeux de Mixtli. Un roman long, surpuissant, violent, beau, tragique. Une énorme claque et certainement une de mes lectures favorites.
  • La série des enquête de Gordien, Steven Saylor. Gordien est détective à Rome. Cela se passe durant les dernières années de la république. Top !
  • La voix secrète, Michael Mention. Alors là on est à Paris, ou plutôt dans ses bas-fonds, 1835, règne de Louis-Philippe.
  • Les enquêtes du commissaire aux morts étranges, Olivier Barde-Cabuçon. Des enquêtes situées sous le règne de Louis XV.
  • Les livres de Christian Goudineau. Rome Antique.
  • Mémoires d’Agrippine, Pierre Grimal. Oui j’aime bien l’antiquité romaine je sais !
  • Quatrevingt-treize, Victor Hugo.
  • Et bien d’autres !

Belles lectures,

Thomas.

2 commentaires sur “Les chroniques d’Edward Holmes et Gower Watson, Jean D’Aillon.

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