Enterre mon cœur à Wounded Knee, Dee Brown.

Il était temps de reprendre le clavier pour une nouvelle chronique sur le blog. Peu d’inspiration pour écrire une chronique, la tête ailleurs et, comme pour beaucoup, un contexte délicat lors duquel j’ai préféré me plonger totalement dans la lecture. Peut-être attendais-je LE livre qui me remettrai le pied à l’étrier. Le livre de Dee Brown (1908-2002), véritable choc pour moi, allait être ce livre.

Je ne vais pas réellement parler en détail du contenu de celui-ci ou alors très brièvement. Je vais plus essayer de décrire ce qu’a provoqué chez moi cette lecture qui restera à coup sûr l’une des plus marquantes de ma vie. Pour la petite histoire, ce livre me fut conseillé par une personne rencontrée sur Twitter, une fois de plus, la même qui me fit entre autres découvrir Le Gang de la clef à molette d’Edward Abbey. Je l’en remercie à nouveau et, si cette personne lit ces lignes, lui témoigne à nouveau ma gratitude.

Publié pour la première fois aux États-Unis en 1970, Bury my heart at Wounded Knee allait rencontrer un immense succés dès sa parution. Véritable onde de choc, il permit pour la première fois, par le biais de nombreux documents inédits, récits, rapports militaires et traités, de voir ce que fut « La conquête de l’ouest » du point de vue des vaincus, c’est à dire les peuples Indiens. De 1860 à 1890, c’est à dire des prémices de la Guerre de Sécession à la fin des guerres indiennes, la parole est effectivement largement donnée aux chefs Indiens dont les noms, immortalisés dans notre imaginaire collectif par le cinéma par exemple, nous sont connus : Sitting-Bull, Crazy-Horse, Géronimo, Red-Cloud, Two-Moons, Cochise pour ne citer qu’eux. Chaque chapitre est globalement consacré à l’un des peuples indiens (Navajos, Sioux, Apaches, Cheyennes…) et à chaque fois les mêmes mécanismes de spoliations des tribus sont à l’œuvre. Les mêmes négociations à sens unique, les mêmes traités qui ne sont pas respectés, les mêmes abus, les mêmes famines provoquées par le manque de nourriture données par les agences des réserves couplées à l’impossibilité de chasser et, toujours, ces grands chefs poussés contre leur gré à une guerre perdue d’avance. Je dois dire que tout cela a largement contribué à faire de la lecture de cet immense ouvrage une épreuve. Disons-le, j’ai rarement été autant révolté durant toute une lecture. Je m’explique.

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Sitting-Bull

Tout au long du livre, on voit donc les différentes étapes que j’ai citées un peu plus haut, qui conduisirent inexorablement les Indiens à être totalement dépossédés et spoliées de leurs terres. On assiste également à l’anéantissement systématique d’une culture et d’un mode de vie. De l’obligation à vivre dans des réserves aux sols fertiles avec l’interdiction d’en sortir pour chasser les bisons (qui en plus de leur chair permettaient de confectionner les habits, les habitations, des ustensiles de cuisine par exemple, les cordes des arcs, etc…), bases de leur mode de vie, de l’exode forcé loin des terres natales aux violences des populations locales, en passant par les massacres perpétrés par les Tuniques-Bleues, l’immense travail de Dee Brown retrace avec beaucoup de réalisme ce pan de l’histoire américaine. Ce réalisme et cette parole laissée aux vaincus provoque irrémédiablement une immense colère vis à vis de la politique étasunienne et de sa « Destinée manifeste », idéologie selon laquelle les États-Unis seraient chargés, de manière quasi messianique, d’une mission civilisatrice. J’en suis presque venu à éprouver de la joie lorsque des victoires indiennes sont rapportées. Celle de la Little Bighorn (25 juin 1876) qui vit l’anéantissement du 7ème régiment de cavalerie de Custer par une coalition de guerriers Sioux Cheyennes et Arapahos est d’ailleurs très bien expliquée. C’est ce même 7ème régiment de cavalerie qui, une fois reformé et sous le commandement de James W. Forsyth, allait commettre le massacre de Wounded Knee le 29 décembre 1890. Massacre lors duquel, officiellement, environ 150 indiens Lakotas, hommes, femmes et enfants périrent. Le dernier chapitre du livre est consacrée à Wounded Knee et conclut ainsi une escalade de violence et d’espoirs perdus pour l’ensemble des indiens sur le territoire des États-Unis. Au-delà de la relation de la tuerie en elle-même, l’accent est mis sur le contexte spirituelle dans lequel elle intervient. Ce contexte allait indirectement provoquer le massacre de Wounded Knee. On assiste effectivement à ce moment-là à l’essor d’un mouvement spirituel appelé la « Ghost dance » (la danse des esprits), mélange de croyances indiennes et chrétiennes, qui visait à favoriser la venue d’un Messie Indien qui les délivrerait de l’homme blanc. La « Ghost Dance » prônait une vie pacifique avec les blancs dans l’attente du jugement dernier. Cette pratique allait rencontrer une grande ferveur parmi les peuples indiens au sein des réserves. Cette ferveur, source de grands rassemblements, allait évidemment inquiéter les autorités civiles et militaires ignorantes des intentions des indiens qui cherchèrent inévitablement à empêcher lesdits rassemblements.

Pour terminer, et résumer mon ressenti quant à cette lecture, je dois dire que l’ensemble des sentiments et d’émotions que j’ai évoqués précédemment m’ont traversé continuellement lors de ma lecture. Ce ne fut donc pas une lecture facile du point de vue des émotions. Entre révolte vis à vis de la politique américaine et joie de voir des victoires indiennes. Ainsi, jamais la lecture d’un livre d’histoire me fit éprouver tout cela, je parvenais, jusqu’alors, toujours à maintenir une forme de distance vis à vis d’évènements historiques « difficiles ». Histoire et émotions se sont mêlés.

Un petit mot à propos de l’édition que j’ai lue :celle des éditions Albin Michel (2009, 480 pages) dans laquelle il faut saluer la présence en milieu de livre d’un cahier regroupant de nombreuses photographies des chefs indiens que j’ai cités plus haut. Cela ajoute incontestablement à l’empathie déjà provoquée par les mots. Enfin, j’ai malheureusement trouvé un nombre important de coquilles tout au long de l’ouvrage. Même si cela ne gêne pas la lecture, cela reste dommageable.

D’autres pistes de lectures:

  • La dernière frontière, d’Howard Fast. Gallmeister (2014, 272p.)
  • La résistance indienne aux États-Unis, Élise Marienstras, Collection Folio Histoire (2014, 352p.)

Je vous souhaite de belles lectures,

Thomas.

4 commentaires sur “Enterre mon cœur à Wounded Knee, Dee Brown.

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  1. Très bon article qui rend hommage au sujet du livre. Cela me rappelle l’émotion ressentie lors de lectures sur l’Holocauste ou, pour rester aux États-Unis, l’esclavage.

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  2. Quand j’ai lu le « America » sur la persécution des Indiens et leur situation actuelle, je me suis rendue compte de ma totale ignorance sur le sujet. Du coup, je note ce livre, qui a l’air très fort en plus !

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