Entre Japon et philosophie.

Mes lectures de livres d’histoire étant cette année bien plus nombreuses que par le passé, je vais essayer pour cette fois-ci de vous présenter deux ouvrages dans un même article. Il s’agit de deux livres sortis en cette rentrée littéraire. Le premier est Sekigahara, la plus grande bataille de samouraïs, de Julien Peltier paru le 25 aout 2020 chez Passés Composés (288p. 22e); le second est une biographie de Marc Aurèle par Benoît Rossignol sortie ce 3 septembre chez Perrin (680p. 29e, gros bébé!). Deux ouvrages passionnants parmi de nombreuses sorties au rayon histoire dont je ne manquerai pas de vous parler un peu plus tard. J’ai choisi d’évoquer rapidement ces deux travaux car ils offrent selon moi un bel éventail de ce que peuvent proposer des livres d’histoire accessibles au plus grand nombre tout en conservant un caractère très érudit et exhaustif. D’un coté nous avons le récit d’un évènement très précis, dont les origines sont complexes et les conséquences tout autant, et de l’autre une biographie fleuve qui n’hésite pas à faire les détours contextuels nécessaires pour appréhender au mieux l’envergure du principal intéressé. Mais trêve de parlote ! entrons dans le détail.

Sekigahara

Le livre de Julien Peltier à propos de la bataille de Sekigahara est un ouvrage d’une grande limpidité à propos d’une lutte très complexe. Juste un petit mot à propos de la forme. Une nouvelle fois, les éditions Passés Composés proposent un bel objet agrémenté d’un cahier plutôt riche contenant des cartes, des illustrations et des photos. Toujours à propos de la forme, celle de l’écriture, comme j’ai commencé à l’évoquer plus haut, la plume se veut claire et travaillée à la fois. Le crescendo dans la narration des évènements qui conduisent à cette bataille est bien orchestré et fait de cet ouvrage un livre très vivant.

La bataille de Sekigahara

La bataille de Sekigahara, au Japon, se tint le 21 octobre 1600. Le champ de bataille vit s’affronter pas loin de 170 000 hommes, 30 000 devaient succomber. Ces effectifs sont démesurés et uniques pour cette période. Pour la même époque en Europe, les engagements armés étaient de bien moindre grandeur. En comparaison, la bataille de Rocroi en 1643 lors de la guerre de trente ans ne devait opposer « que » 35 000 hommes environ. Il fallut attendre les Guerre Napoléoniennes, 200 ans après Sekigahara, pour voir des engagements similaires en termes d’effectifs. Le livre raconte de manière très détaillée en restant limpide vis à vis de la profusion des protagonistes les luttes de pouvoirs qui surgirent à la mort d’Hideyoshi dit « Le Singe » qui menèrent à cet affrontement. C’est à dire entre les forces loyales à Hideyori Toyotomi, le fils héritier désigné d’Hideyoshi, et le Clan Tokugawa qui allait contester cette succession. Bien entendu, l’ouvrage laisse une grande part à la narration de la bataille où l’on suit presque à la minute le déroulement des mouvements, des charges, des retraites… Cet affrontement fut déterminant dans la naissance du Japon moderne, elle vit effectivement l’émergence du Clan Tokugawa et de l’ère Edo (1603-1868) et la fin des Samuraïs guerriers qui devinrent peu à peu des fonctionnaires lettrés. Tout cela est évidemment développé plus en détail dans l’ouvrage.

Je vous invite donc vivement à lire cet ouvrage si l’histoire du Japon vous intéresse ou même si, comme moi, vous êtes à peu près un néophyte. Plus que le récit d’une bataille, ce livre est aussi un condensé de l’histoire d’une période déterminante de son histoire.

Marc Aurèle

Buste de Marc Aurèle, Musée Saint-Raymond, Toulouse.

Du Japon, je vous propose un retour rapide dans le temps, sur un autre continent. Vous connaissez certainement ma passion pour l’histoire de la Rome Antique. Ainsi, dès qu’une nouvelle biographie d’empereur paraît, je me jette dessus pour la lire instantanément. Alors revenons à Rome, au IIième siècle de notre ère. Benoit Rossignol nous offre là une biographie immense de Marc Aurèle, l’empereur philosophe. Immense par sa taille, 680 pages, mais aussi et surtout par son contenu évidemment. Comme je le disais en introduction, l’auteur fait les détours nécessaires pour appréhender dans sa totalité un personnage historique complexe. Et bons nombres de ces détours ont trait à la philosophie, forcément, tant la vie de Marc et cette discipline sont indissociables. L’histoire du stoïcisme, de sa naissance à son développement à Rome est brillamment racontée et est très plaisante à lire, même pour un novice en philosophie comme moi. Les pages sur le propre rapport de Marc à la philosophie sont tout aussi passionnantes et, pour ce qui est de son enfance et de son initiation à cette discipline par ses Maîtres, sont un réel plaisir de lecture en plus d’être un exemple parlant de ce qu’était l’éducation des élites à Rome. Sur l’enfance aussi et les débuts de la vie de Marc, les chapitres qui y sont consacrés et qui montrent la complexité des liens dynastiques et idéologiques qui allaient l’amener au pouvoir sont brillants. Cela permet aussi d’évoquer les règnes des prédécesseurs, Hadrien et Antonin de manière concise et claire.

Outre la prégnance de la philosophie dans sa vie, Marc demeure néanmoins un souverain aux prises avec de nombreuses difficultés qui s’étalèrent sur l’ensemble de son règne. De la pestilence qu’on appellera la Peste Antonine aux nombreuses guerres avec les germains qui poussèrent Marc à demeurer aux frontières de l’empire durant de nombreuses années. Les chapitres concernant les germains sont eux aussi très détaillés et permettent d’apprendre bons nombres de choses les concernant comme l’organisation sociale et militaire par exemple. Je ne vais pas entrer plus dans le détail de cet ouvrage de près de 700 pages. Ces exemples reflète bien le caractère presque exhaustif de ce dernier.

Pour aller plus loin je ne peux que vous conseiller la biographie du fils de Marc Aurèle, Commode, écrite par Eric Teyssier parue chez Perrin également en 2018.

J’espère que ce petit condensé d’histoire vous aura plu, n’hésitez pas une seule seconde si vous avez des questions à propos de ces ouvrages.

Belles lectures,

Thomas.

3 commentaires sur “Entre Japon et philosophie.

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  1. J’aime beaucoup cet article. Je ressens la même impression que toi à propos des ouvrages de Passés Composés. Je lirai sans doute ce livre, en partant d’un niveau de connaissance dans ce domaine égal au néant. Celui de chez Perrin semble très bien aussi. Je cherche à lire une biographie d’un notable de la Rome Antique, mais peut-être pas 700 pages.

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