Anaïs nous parle de… Zola

Le dernier entretien avec un lecteur, un lectrice en l’occurrence, commençait à dater quelque peu. Il me semblait donc intéressant de proposer une nouvelle rencontre pour discuter avec une passionnée d’un auteur. C’est donc Anaïs, Spéciale_Litté sur Instagram, qui a bien voulu répondre à quelques questions à propos d’un auteur qui lui est cher : un certain Emile Zola. Vous trouverez à la fin de l’entretien un lien vers son profil Instagram ainsi que vers sa chaine Youtube sur laquelle elle propose du contenu à destination de ses élèves.

Avant que tu nous parles de Zola, peux tu nous présenter la lectrice que tu es. Tes goûts, tes réticences et, plus largement, ton rapport à la lecture ?
Je suis une lectrice sans mérite : j’ai grandi avec des parents qui ont voulu donner à leurs enfants la chance qu’ils n’ont pas eue de baigner au milieu des livres. A tel point qu’à l’âge de 4 ans, j’ai supplié ma mère de m’apprendre à lire… elle a dû s’armer de patience mais elle a réussi ! Depuis, les livres ne m’ont plus quittée, même si mes goûts et mon assiduité varient selon les périodes. Pendant mes études j’ai paradoxalement peu lu en dehors des cours : c’est un plaisir que j’ai retrouvé récemment grâce au cercle de lecture de ma ville, qui m’a fait découvrir la littérature contemporaine et étrangère alors que j’avais une culture plutôt classique et francophone.

Justement, si nous parlons de littérature contemporaine, qu’est-ce que tu aimes ? Et y a t’il des genres que tu ne lis pas du tout ?

J’essaie de lire un peu de tout : je m’y connais très peu en BD et en SF, par exemple, mais j’essaie de m’y intéresser. En revanche, je déteste les romans à l’eau de rose et les livres de développement personnel. Je suis particulièrement friande de romans historiques ou sociaux, d’essais philosophiques ou de récits percutants et sombres. J’aime les livres dont je sors grandie, les livres qui me font réfléchir, me poussent dans mes retranchements et bousculent mes certitudes.

Et alors, entrons dans le vif du sujet, Zola répond à toutes ces attentes ?

Contrairement à ce qu’on peut penser, je ne place pas Zola au-dessus de tout, même si je trouve qu’il a une justesse d’écriture rare, et que j’admire sa finesse d’analyse dans son projet de dépeindre la société du Second Empire. Sa littérature m’a accompagnée pendant de nombreuses années et c’est un auteur que j’aime aussi pour ses défauts et pour ses échecs.

Tu peux nous dire comment tu as rencontré Zola ?

Ah, ça c’est ma question préférée ! Accroche-toi !

Comme beaucoup, j’avais lu Thérèse Raquin, Nana, Au Bonheur des Dames et Germinal (qui m’était tombé des mains) à l’adolescence. En khâgne, nous avons eu La Conquête de Plassans au programme. C’est le quatrième volume des Rougon-Macquart, qui est tombé dans l’oubli. Je l’ai lu pendant l’été, en préparation de la rentrée, et j’ai été subjuguée. C’est l’histoire d’un prêtre envoyé à Plassans après une sombre histoire de violence, pour faire basculer l’opinion politique de la ville. Mais cette conquête politique devient une conquête personnelle, puisque cet abbé, pour s’imposer auprès des hommes, qui s’occupent de politique, commence par séduire leurs femmes, les seules à fréquenter les églises. J’ai tellement aimé cette figure de prêtre que j’ai lu quasiment tous les Rougon-Macquart, parce que Zola dissémine des prêtres partout : dans ses manuscrits il témoigne à plusieurs reprises de son incompréhension de cette figure et de ses paradoxes, notamment celui de renoncer aux femmes tout en entretenant une relation étroite et intime avec elles dans le secret de la confession. Mais là, ça devient trop long.

On sent bien la passion qui t’anime ! Mais si on veut se lancer dans la lecture de Zola, si l’on est néophyte (comme moi), par où commencer ?

Ce qui est bien avec Zola, c’est qu’avec ses 35 romans, ses contes et nouvelles, ses pièces de théâtre et ses articles, y en a pour tous les goûts. Tout dépend donc de la sensibilité de chacun. En plus, si on s’intéresse davantage à la vie de Zola (ou à sa mort), il y a une littérature abondante sur le sujet. On peut lire par exemple le brillant « Assassins » de Jean-Paul Delfino, publié l’année dernière. Il faut savoir que le projet des Rougon-Macquart, qui représente 20 romans parmi lesquels figurent les plus célèbres, consiste à représenter l’histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire. C’est donc un travail encyclopédique sur la société française entre 1850 et 1870 que fait Zola, et il y en a pour tous les goûts. Dans le projet qu’il envoie à son éditeur en 1868, il divise le monde en quatre : le grand monde, la bourgeoisie, les commerçants, et le peuple. Il ajoute un monde à part, composé des prostituées, des artistes, des meurtriers… et des prêtres. On a parfois pensé que c’était un monde « fourre-tout » mais en réalité ce monde a sa cohérence : c’est un monde qui s’adresse à ce qu’il y a de plus primitif en nous (le désir, le beau, la mort et la peur de Dieu). Bref je m’éloigne, mais je dirais qu’il y a une infinité d’entrées possibles dans la littérature zolienne, et qu’il faut simplement dépasser les préjugés que l’on peut avoir.

Alors tout est donc bon dans Zola ?

Bien sûr que non, Zola a des défauts mais c’est ce qui, à mon sens, le rend profondément humain, presque un peu vulnérable. Charles Dantzig dit de lui qu’il a été l’un des auteurs français les plus injustement méprisés, et je trouve qu’il a raison. On lui a reproché sa vulgarité, puis son embourgeoisement, puis son engagement, et aujourd’hui on le prend pour un auteur seulement bon à se retrouver dans les manuels scolaires. Alors certes, Zola a des défauts : c’est un travailleur acharné, qui s’échine à comprendre le monde qui l’entoure et à le faire comprendre à son lecteur, ce qui donne parfois à ses textes un aspect documentaire qui peut nous ennuyer ou nous perdre. Mais c’est le défaut d’un homme qui pense la littérature comme un laboratoire et comme une fenêtre ouverte sur le monde.

En tout cas ce que tu viens de me dire me donne envie de me plonger dans cette richesse. Tu es enseignante, j’imagine que notre cher Zola est un incontournable dans ta pratique ?

Je ne sais pas vraiment comment répondre à cette question. Zola me semble incontournable pour comprendre les événements majeurs et les transformations profondes du XIXe siècle, mais aussi pour comprendre l’entrée de la littérature dans la modernité. Mais avant tout, si Zola est incontournable dans ma pratique, c’est parce qu’il m’intéresse, et que je pense qu’il n’y a pas de meilleure transmission que celle d’un enseignant passionné.

Je pense que ces mots sont parfaits pour terminer cet échange court et riche à la fois qui, comme moi je l’espère, vous aura donné envie de vous (re)plonger dans l’œuvre d’Emile Zola. Une dernière fois merci à Anaïs d’avoir répondu à mes questions.

Vous pouvez la retrouver sur Instagram :

Ainsi que sur Youtube où elle a proposé du contenu de manière originale à ses élèves durant le confinement :

J’espère que ce type d’échanges vous plaît, n’hésitez pas à me faire des retours.

Belles lectures,

Thomas.

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